Des combles isolés, des fenêtres neuves, une chaudière récente, et une facture qui bouge à peine. La scène se rejoue chaque hiver dans des milliers de logements rénovés, et l’équipement est rarement en cause : c’est son pilotage qui déraille. Chauffer des chambres vides à 20 °C du matin au soir annule une bonne partie du bénéfice des travaux, quel qu’ait été leur montant.
Pourquoi la régulation du chauffage compte autant que l’isolation ?
Le chauffage absorbe 66 % des dépenses énergétiques d’un logement, d’après l’ADEME. Isoler réduit les besoins de chaleur, réguler évite d’en produire quand personne n’en profite. Les deux leviers se complètent, et négliger le second revient à colmater un réservoir sans jamais fermer le robinet.
Le calcul se vérifie facilement. Baisser la consigne d’un seul degré fait gagner environ 7 % sur la facture de chauffage, toujours selon l’ADEME, et une programmation qui abaisse la température la nuit et pendant les absences permet d’atteindre jusqu’à 15 % d’économies. Pour un chauffage électrique, cela représente jusqu’à 270 € par an, contre environ 210 € au gaz.
Le principe n’a rien de nouveau. Les immeubles de bureaux le pratiquent depuis des décennies avec une gestion technique du bâtiment, qui centralise chauffage, ventilation et climatisation sur une même supervision : pour en apprendre plus. Dans une maison, la version miniature tient en trois éléments : une sonde qui mesure, un programme qui décide, un émetteur qui obéit.
Réguler pièce par pièce : ce que la réglementation impose maintenant
Le décret du 7 juin 2023 a rendu obligatoire un système de régulation automatique de la température, pièce par pièce, dans les bâtiments existants. L’échéance, fixée au départ au 1er janvier 2027, a été repoussée au 1er janvier 2030 par le décret n° 2025-1343 du 26 décembre 2025. Les constructions neuves dont le permis est déposé à partir du 1er janvier 2027 restent tenues par la date initiale.
Le texte ne réclame pas d’appareil connecté, seulement un équipement capable de tenir un programme et plusieurs niveaux de température. Voici les repères chiffrés à garder en tête avant de vous équiper :
- 1er janvier 2030 : échéance pour les logements existants, fixée par le décret n° 2025-1343 du 26 décembre 2025.
- 4 niveaux exigés : confort, réduit, hors gel et arrêt, avec une programmation par pas horaire.
- 10 ans : au-delà de ce temps de retour sur investissement, l’équipement n’est pas imposé.
- 5,5 % de TVA sur la fourniture et la pose par un professionnel, dans un logement de plus de deux ans.
- 80 à 200 € : ordre de grandeur de la prime CEE (fiche BAR-TH-173) depuis la suppression du Coup de pouce, le 22 novembre 2024.
Les poêles à bûches et les appareils dont l’alimentation en combustible n’est pas automatisée sortent du champ. Une installation dont la mise à niveau ne serait pas rentable en moins de dix ans échappe elle aussi à l’obligation, ce qui laisse du temps aux configurations les plus anciennes ou les plus complexes.
Quelle température de chauffage viser dans chaque pièce ?
Un thermostat se contente d’appliquer les consignes qu’on lui donne, et beaucoup de logements tournent encore avec un réglage unique du 1er novembre au 31 mars. Les repères de l’ADEME donnent une base de départ, à ajuster ensuite selon le ressenti de chacun.
| Situation | Température conseillée |
|---|---|
| Pièces de vie occupées, en journée | 19 à 21 °C |
| Chambres et période de nuit | 16 à 17 °C |
| Absence de quelques heures | 16 à 18 °C |
| Absence prolongée, type vacances | environ 12 °C |
Ces valeurs supposent une chose : pouvoir chauffer différemment d’une pièce à l’autre. Sur un circuit à eau, ce sont les robinets thermostatiques qui font ce travail, remplaçables un par un sans toucher au reste du circuit, ou remplacés par des têtes connectées si vous voulez programmer chaque radiateur depuis un téléphone.
Un nourrisson, une personne âgée ou un télétravailleur installé toute la journée dans la même pièce justifient des consignes plus élevées. L’ajustement se fait par palier d’un demi-degré, sur plusieurs jours, plutôt qu’en remontant brutalement le thermostat au premier coup de froid.
Isolation, ventilation, régulation : dans quel ordre s’y prendre ?
L’isolation garde la priorité, parce qu’elle change le besoin de chauffage et donc le dimensionnement du reste. Une pompe à chaleur choisie avant les travaux d’isolation sera surdimensionnée pour la vie du logement, et une régulation fine ne rattrapera jamais totalement cette erreur de départ.
Vient ensuite le réglage de l’installation elle-même. Des radiateurs mal équilibrés laissent les pièces éloignées de la chaudière tièdes pendant que les plus proches surchauffent, et une sonde extérieure permet à la chaudière ou à la pompe à chaleur d’adapter la température de l’eau à la météo plutôt que de fonctionner en tout ou rien. La ventilation ferme la boucle. Une VMC encrassée ou débranchée dégrade la qualité de l’air et fausse le ressenti thermique, ce qui pousse à monter les consignes sans raison. Relevez vos consommations chaque mois pendant un hiver complet : c’est le seul moyen de savoir si vos réglages travaillent vraiment pour vous.

