Vieille terrasse en bois : la rénover… ou tout refaire ?

Une terrasse en bois de dix ou quinze ans, argentée, avec quelques lames fendues, pousse souvent à demander des devis de remplacement. L’aspect de surface dit pourtant très peu de l’état réel de l’ouvrage. Ce qui décide de la suite se trouve dessous, dans la structure, et un après-midi suffit pour en avoir le cœur net.

Le gris n’est pas un défaut de structure !

Le grisaillement vient de la lumière. Les UV dégradent la lignine, le liant naturel des fibres en surface, et la pluie lessive ces résidus : il ne reste qu’une fine couche de cellulose décolorée, épaisse de quelques dixièmes de millimètre. Sous cette pellicule, le bois garde sa couleur et sa résistance. Un dégriseur à l’acide oxalique, suivi d’un bon rinçage, ramène en général la teinte d’origine.

Les fentes en bout de lame et les petites gerces relèvent du même registre. Le bois gonfle et se rétracte à chaque alternance de pluie et de sécheresse, et ces fissures fines ne changent rien à la tenue d’une lame tant qu’elles ne la traversent pas. Ce sont des rides, sans gravité. Les vrais indices se cherchent avec un tournevis et une lampe torche.

Trois contrôles avant de demander un devis

Le diagnostic se fait de préférence après quelques jours secs, pour que le bois ne paraisse pas plus mou qu’il ne l’est. Il dira où en est la terrasse aujourd’hui, mais pas combien de temps elle tiendra : pour se projeter, l’essence, l’exposition et la façon dont la structure a été posée comptent autant que l’âge. Le simulateur de vieillissement d’Entretien Terrasse croise justement ces paramètres et annonce les désordres à venir, leur échéance probable et le geste qui les retarde. Sur place, trois points suffisent à trancher dans la plupart des cas :

  • la pointe du tournevis, enfoncée à la main dans une lame puis dans une lambourde : sur un bois sain elle marque à peine, sur un bois attaqué par la pourriture elle entre sans effort et arrache des fibres brunes et spongieuses ;
  • les lambourdes elles-mêmes, en déposant une ou deux lames dans l’angle le plus humide, souvent contre la façade : on voit alors si la structure repose sur des plots, sur une dalle ou directement sur la terre, ce qui la condamne à terme ;
  • la visserie : des auréoles noires autour des vis trahissent un acier ordinaire qui réagit avec les tanins du bois, et une vis qui tourne dans le vide signale une lame qui ne tient plus.

Les résultats orientent vers l’une de deux voies. Une structure saine avec quelques lames molles se rénove en un week-end. Des lambourdes qui s’effritent sous la pointe imposent de reprendre l’ossature, et une rénovation de surface n’achèterait alors que deux saisons de répit.

Remplacer quelques lames sans tout démonter

Quand la structure est saine, le chantier se résume à changer les lames abîmées. La difficulté est la teinte : une lame neuve tranche nettement au milieu de ses voisines grisées. Deux parades existent. On dégrise toute la surface pour ramener l’ensemble vers le ton d’origine, ou on récupère des lames anciennes dans une zone peu visible (sous le salon de jardin, contre un mur) pour les placer au centre, et on pose les neuves dans ces coins discrets.

Il faut aussi retrouver le même profil. Épaisseur, largeur et rainurage varient d’un fabricant à l’autre, et deux millimètres d’écart suffisent à créer une marche où l’on se prend les pieds. Emporter une chute de lame au magasin évite les allers-retours. Les vis se remplacent toutes par de l’inox A4 si la terrasse est proche de la mer ou d’une piscine au sel, l’A2 suffisant ailleurs.

Quand la structure impose de tout refaire

Si plusieurs lambourdes sont atteintes, la rénovation perd son intérêt : visser des lames neuves sur une ossature qui continue de pourrir, c’est repousser le problème de deux ou trois ans. C’est le cas typique des terrasses posées au ras du sol, sans ventilation, où l’humidité stagne sous le platelage. La norme NF EN 335 range d’ailleurs ce type de situation en classe d’emploi 4, celle d’un bois en contact avec le sol, bien plus exigeante que la classe 3 d’un bois simplement exposé à la pluie.

Refaire l’ossature est l’occasion de corriger ce qui l’a tuée : des plots réglables pour la surélever, un vide d’air sous les lambourdes, une légère pente pour évacuer l’eau, et une bande bitumineuse collée sur le dessus des lambourdes, qui empêche l’eau de stagner sous chaque vis. Les anciennes lames peuvent parfois resservir après dégrisage. Un bois classé très durable par la norme NF EN 350, comme l’ipé, supporte souvent une seconde vie sur une structure neuve, ce qui allège nettement la facture sans rien sacrifier à la solidité.

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